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J'ai
un charme fou. J'ai toujours eu un charme fou, mais j'étais à mon apogée en 1748 lorsque
le Prince de Conti a confié mon embellissement à Contant d'Ivry : deux petites ailes en saillie sont
venues adoucir mon corps central et d'élégantes portes en plein cintre ont été percées sur
les perrons de la cour d'honneur. J'ai reçu la Comtesse de Boufflers, favorite de Monseigneur le Prince de Conti, avec
ses amis les plus prestigieux, Diderot, d'Alembert, Rousseau, Buffon, Grimm. Tout ce monde aimait venir à Stors, qui
pour herboriser, qui pour philosopher, qui pour bien manger !
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Lorsque
la révolution éclate Conti m'a vendu depuis six ans à son cousin
Louis le seizième.
De domaine royal je deviens domaine national et ce sont Monsieur et Madame Ardant qui m'achètent en 1798 avec la chapelle
Marie-Madeleine de Stors. Madame
Ardant, de parfaite éducation, va faire beaucoup pour mon parc. A leur décès,
je suis vendu au troisième Duc de Valmy qui m'orne d'un escalier à double révolution. En 1860, Valmy
préfère rester à Paris et me vend aux Chevreux. Leur petite fille Madeleine épouse (au grand désespoir
du fils Ampère) Gustave Lannes de Montebello ambassadeur de France à Saint Petersbourg, qui invite à plusieurs
reprises la famille Romanov à chasser à Stors. La tzarine est tombée sous le charme de mes orchidées
et Gustave lui en fait livrer par wagon privé pour qu'elle puisse fleurir ses tables à Saint Petersbourg.
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Les ombres de ces
personnages célèbres ont frémi en Aout 1944 quand le bombardement de
nos alliés
m'a détruit en partie, endommageant également mon parc. Suivirent soixante années d'abandon. Pillage et
vandalisme m'ont défiguré mais enfin une famille de passionnés a osé relever le défi :
me restaurer. Travail de longue haleine, une quinzaine d'années seront nécessaires à ma renaissance, mais
déjà je
sens que je vais nettement mieux et mon cour bat à nouveau puisque je vous parle.
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