En 1291 Philippe le Bel donne son autorisation pour édifier une chapelle au hameau de Stors sous le vocable de Marie Madeleine.  Venaient y prier les habitants mais aussi les lépreux de la léproserie Saint Lazare de l'Isle Adam.  Au Moyen-age, les lépreux étaient mis à l'écart des villes car on pensait qu'un simple regard suffisait à contaminer un jeune enfant.  La lèpre était considérée comme un châtiment divin; ce qui faisait des personnes atteintes de cette maladie de grands pêcheurs devant l'Éternel, menant forcément une vie de dépravé.  Réunis plus ou moins de force dans les léproseries, les lépreux perdaient leurs familles et toute possibilité de travailler.  Un office religieux précédait parfois leurs déplacements, l'ordine, calqué sur les rites de l'enterrement.

Un prêtre allait chercher le malade chez lui et au chant du libera me, le conduisait à l'église.  La messe se terminait par une confession, puis le lépreux était conduit à la léproserie, où symboliquement on jetait sur ses pieds une pelletée de terre.

Pour soigner la lèpre on pensait que le vin était bénéfique-quatre litres pour les hommes et trois pour les femmes!  On mangeait du serpent pensant qu'une mue de la peau pourrait ainsi se produire chez l'homme.  Hildegarde de Bingen préconise les plantes (orégan, millepertuis, marrube) dont on s'enduit le corps après un bain de vapeur...Reste à prier.  C'est donc à Stors que ces malheureux venaient.  La chapelle, endommagée durant les guerres de religion, fut agrandie par Madeleine de l'Aubespine à la fin du XVIe siècle.  Une porte donnant sur le parc du château en permettait l'accès direct aux châtelains.

 

Au XVIIIe siècle le Prince de Conti fait appel à Contant d'Ivry pour refaire la façade.  On sait qu'à cette époque Conti offre à ceux qui le demandent un vulnéraire à base de plantes, dit vulnéraire de Marigny.  Est-ce une tradition de soins due à la présence autrefois des lépreux?  L'inventaire de l'An III de la République mentionne une centaine de bouteilles de ce vulnéraire au château.  La République voulait saisir ces bouteilles, mais le concierge de Stors, Caboche dit Marigny (y a-t-il un lien avec le breuvage?) souligna que le Prince de Conti distribuait gratuitement le vulnéraire.  Le citoyen Lefebure, huissier, va donc renoncer à la saisie.  Par contre a été saisi dans la chapelle une armoire renfermant: cinq ornements dont un noir en damas, quatre autres de diverses couleurs; trois aubes en toile blanche; cinq nappes d'autel dont trois en toile blanche et deux en toile écrue; une doublure de devant d'autel en baracan noir; une couverture d'autel en siamoise rayée bleu fond blanc; quatre corporaux en toile blanche; vingt-et-un lavabos; une bourse à calice; une autre couverture d'autel en indienne fond blanc à pois; une vieille serviette...

 

La chapelle sera vendue comme bien national en 1798 et achetée par M. et Mme. Ardant déjà acquéreurs du château de Stors pour 2 213 000 livres.

Au XIXeme siècle, la famille Chevreux refait décorer l'édifice par Boileau, dans un style néogothique.

Dans les années 1970 la chute de deux arbres sur la toiture va ruiner le bâtiment.  Au cours de son déblaiement nous avons retrouvé au milieu des gravats, un cœur de pierre, partiellement peint en rouge, qui semblait battre encore.  Puis nous avons découvert le bénitier...

En 2006 la chapelle a retrouvé sa toiture et nous pouvons dire qu'elle est sauvée même s'il reste encore beaucoup de travail avant de pouvoir la faire reconsacrer afin qu'elle retrouve sa vocation première.

 

 

 


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